Samedi 9 Aout 2008
Au commencement, il y eut une nouvelle...
Par Feline, Samedi 9 Aout 2008 à 15:00 GMT+2 dans Nouvelles
Prologue d'une vie...
Une épée de lumière me traverse les paupières. Encore une journée de vie pénible à subir, encore une nuit à laquelle mon corps a survécu. J'ouvre les yeux, contemple un instant le plafond craquelé et pousse un soupir. Quand est-ce que cette mascarade va se terminer ? Soixante-dix années que ce petit jeu de dupes dure. La haine prend toujours le dessus sur cette lassitude issue de la vieillesse.
Chaque fois que je repense à lui, des rides très particulières creusent mon visage et l'assombrissent plus qu'un ciel d'été en plein orage. A maintes reprises dans ma vie, j'ai tenté de le rayer de mon existence. Chaque fois il a trouvé un moyen pour revenir empoisonner les nouvelles bases sur lesquelles je m'appuyais. Il ne m'a jamais réduite en morceaux, jamais détruite, pourtant pas faute d'avoir essayé... mais sa seule présence m'a toujours empêchée de vivre pleinement ma vie, et la haine m'a empêché de profiter de mes proches comme je l'entendais.
Doucement je me suis levée, grimaçant en sentant mes articulations protester. Mon dos, mes hanches, mes genoux, ne sont pas d'accord pour s'activer une journée de plus. Je me dirige lentement mais sûrement vers la cuisine dans l'intention de me faire un thé pour tenter de me réveiller tout à fait.
Ces derniers jours, je fais un cauchemar récurrent : lui et moi mangeons face à face, à une table d'un café terrasse ; nous avons vingt ans. La discussion est animée, presque hargneuse. Une fois de plus, nous essayons sans succès de nous éclaircir les idées, de nous expliquer. Une fois de plus, il refuse toute concession, et nous n'avançons pas d'un pouce. Je commence à y voir rouge quand soudain il arrête net la conversation, me lance un sourire carnassier et dit d'une voix tranchante : "J'ai gagné". Chaque fois, je me réveille en sursaut, ruisselante, et met un temps fou pour me rendormir.
Cette nuit je me suis réveillée à une heure... et ne me suis rendormie qu'à plus de trois heures. Je cherche à comprendre ce que ce rêve peut bien signifier mais je n'ai toujours pas trouvé. Passant devant une photo de mon défunt compagnon, j'ai un sourire aigre-doux : cela fait dix ans qu'il m'a quittée à cause d'un incident stupide. J'ai fait mon deuil, mais il est malgré tout toujours présent à mes côtés. Je le vois encore me sourire ou m'adresser un clin d'œil complice. Mon cœur se serre.
Je met sa pensée de côté et entreprend de faire chauffer de l'eau. Une fois la casserole d'eau sur le feu, je me sors un bol et y met le premier thé qui me tombe sous la main : pas de gestes inutiles pour mes vieux os.Quelques instants plus tard, je touille mon thé d'un air songeur.
Cela fait quelques temps déjà que je n'ai pas eu de ses nouvelles. (Pourquoi a-t-il fallu qu'il survive à mon compagnon ?) Je me demande avec une certaine angoisse quel sale coup il prépare encore. Mon instinct me souffle que la réponse arrivera dans les jours à venir. Que peut-il faire de plus ? Le courrier qu'il pouvait m'envoyer, il y a longtemps que cela finit directement dans les feux de cheminée sans être lus. Je n'ai plus besoin de les lire pour savoir qu'ils contiennent toujours le même poison, la même rancoeur, cette si vieille rancoeur... N'allez pas croire que je subisse ces accès de haine sans réagir. Simplement j'ai une manière plus subtile de lui rendre la monnaie de sa pièce. Comment un être qui m'avait semblé si sage et intelligent a pu se révéler aussi obstiné tant d'années à cause d'une histoire vieille comme Mathusalem ?
J'ai commencé cette nouvelle aujourd'hui. Qu'en pensez-vous ? Ce n'est qu'un bout du prologue, mais j'hésite encore à faire de cette nouvelle l'histoire de la vie de cette vieille femme, ou bien l'intégrer à d'autres nouvelles que j'avais écrites il y a de ça au moins quatre ans... j'attends vos critiques avec impatience !
Note du 5 novembre 2004






