Sacre maudit d'une nouvelle année
Une rentrée plus étrange ça n'existe pas... Enfin, au moins, j'ai
pu roupiller un peu le matin... étrange pour une créature aimant la
nuit, non ? Ça ne m'a pas empêchée d'avoir mes foutus cernes sous les
yeux, à passer trois nuits de suite avec un manque de sommeil. J'étais
sûre qu'on allait encore me traiter de cadavre ambulant, n'ayant pas
pris (volontairement) le soleil cet été !
Bref... Sur le quai de la gare, je reconnais, surprise, une
connaissance, la Théâtrale... On a bavassé un peu (juste trois quart
d'heure, le temps d'arriver à Juvisy...), théâtre, amis, tout sauf
cette Maudite et sa sœur qui m'avaient pourri la vie il y a un an et
demi de ça... Pas plus mal, sinon je crois que je serais partie en
guerre.
Juvisy-Boulevard Victor, no comment, juste à écouter APC, en
écrivant un poème pour mon cousin qui s'est marié fin juillet (Ah que
c'était gai cette messe blanche où la plupart des invités n'étaient pas
pratiquants... et ceux qui chantaient faux ! Et moi, obligée de
m'habiller en citrouille pour l'occasion ! Sacrés (sans mauvais jeux de
mots) souvenirs !)... le truc pépère et sans trop de difficultés, juste
à se creuser un peu le ciboulot pour être optimiste et joyeuse. La
simulation a du bon - sourire - ...
Descendue du RER, à peine un pied en dehors de la gare que je tombe
nez à nez avec l'Historien, et vas-y que je te discute. Et voilà qu'un
BTS s'incruste dans la conversation, qu'on le connaissait ni d'Adam ni
d'Eve, super le type, pour un peu je lui sautais dessus et lui tatouais
un pentacle sur l'épaule pour qu'il soit des nôtres...
Une fois ce foutu rapport de stage relié que je m'étais bien gavée
dessus, on s'est posé dans la salle, à attendre. Et voilà que Marie
Mère de Dieu se pointe et commence à nous déblatérer sur l'amour de
Dieu et qu'on devrait se convertir, nous autres athées, sous peine de
finir en enfer. Me voilà bondissant de ma chaise en brandissant le
pentacle brodé sur mon sac. La Vile Marie recule en poussant un cri.
Ouf ! J'ai échappé de peu à un exorcisme !!!
Et à plus de 11h00, enfin les gens daignent se pointer. Et là,
horreur, pas un seul des cons et blondasses de l'année précédente
n'avaient démissionné. Encore une année entière à devoir se les
supporter ! Dieu s'acharne donc sur moi...
Enfin, voilà l'Oiselle Crieuse, la seule déesse que je vénère,
Zittoire, Suppôt, le serpent qui a tenté Adam et Eve en personne, Kaâ
et enfin, le chef de tous les chefs, le Maître Zombie. Après avoir
écouté avec joie les piaillements de la Crieuse, les murmures divins de
Zittoire, et les sifflements tentateurs de Kaâ, j'ai subi les assauts
humides de Suppôt qui bave toujours autant en montrant son affection -
sob - . Le Maître ne m'a pas accordé un regard, et je le lui ai bien
rendu en devenant la plus muette des tombes.
J'ai également fait connaissance avec une âme qui, avec le temps,
risque de devenir encore plus diabolique que la mienne : la Poivrotte.
Sous ses airs minaudeurs, ses cheveux blonds et angéliques, elle cache
bien son jeu. Rien à voir avec les blondasses citées plus haut !
J'étais épatée de compter cette nouvelle âme noire parmi les nôtres...
Après le discours interminable de la Mécréante sur ce qui nous
attendait cette année (Horreur, mon sabbat sacré du samedi était
interrompu par des cours ! Il allait falloir que j'organise une messe
noire pour arranger tout ça...), on a enfin pu aller se chercher une
pitance... Et là, comble de l'horreur, ma cave favorite où l'on pouvait
déguster les meilleures crottes de chauves-souris de la capitale,
bondée ! Plus une seule place ! Il a fallu trouver des céréales
carbonisées, de la bête morte et du lait tourné (pour remplacer ma
pitance favorite citée ci-dessus)... autrement nommé le sandwich jambon
beurre. Quelle infamie !
En début d'après-midi, j'ai découvert un poste clef dans la maison
d'édition : le secrétaire d'édition*. Il manipule et contrôle tout le
monde ! Il ne me reste plus qu'à m'infiltrer dans Gallimard, et
invoquer Satan pour contrôler ladite personne... le bordel en résultant
risque d'être assez comique à voir.
L'instant hilarant du jour : nous étions sur nos PC en train de
nous battre avec nos souris et claviers (sans parler des écrans et
unités centrales, autant vous dire que des puces et cartes mères
volaient dans tous les sens !)... La Crieuse et moi faisions équipe, et
autant vous dire que nous nous en sortions très bien. Sans le faire
exprès, j'ai jeté un œil à l'équipe sur notre droite : elle se
composait de Marie Mère de Dieu, le Maître Zombie, et la Doyenne (une
grande sage se laissant entraîner parfois dans de viles commérages). Et
ce que j'ai vu m'a à la fois surprise et amusée : le démon avait pris
possession de leur PC et ils avaient perdu tout contrôle sur
l'appareil. Il suffisait pourtant simplement de cliquer sur une option
expliquée par le prof l'instant précédent. Les voir se débattre avec
cette machine nous (Crieuse et moi) a fait devenir rouge tomates, au
point que j'ai cru que mes pores allaient exploser sous la pression du
sang contenu dans notre épiderme !
Enfin, la journée s'est achevée sur le cours le plus chiant qui
soit sur la langue que j'aime le plus après celle que je parle
couramment : l'allemand. Il a des consonances gutturales et maléfiques
qui lui prédisent un grand avenir dans le monde démoniaque. Je me suis
amusée à traduire cette langue aux impies ne comprenant pas un seul mot
des sorts que le mage nous servant de prof nous lançait...
En sortant de cette salle magique, j'ai eu une conversation
télépathique avec Zelps pour lui demander si je pouvais m'incruster.
Ayant obtenu réponse positif, j'ai lancé vers le ciel le plus terrible
de mes cris démoniaques, auquel le Maître Zombie est resté sourd.
Sacrée rentrée, que j'en ferais pas deux comme ça,
Sacrée journée qui ne se reproduira pas !
*secrétaire d'édition pour les ignares : personne recevant les
manuscrits, les envoyant aux maquettistes, les récupérant et vérifiant
qu'il n'y a pas d'erreur, et les envoyant aux imprimeurs. NB : ils
organisent les journées des réceptions et envois aux imprimeurs pour
éviter les surcharges ou l'absence de manuscrits d'un jour sur l'autre.
Note du 28 septembre 2004